« Turcotte, mange de la crotte »

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Turcotte

Publié le 20 octobre 2015

Marie-Chloé, étudiante à la maîtrise en criminologie

Le procès de Guy Turcotte est repris depuis quelques semaines.  J’ose croire que la description du crime, de la cause et des victimes vous est familière. Et avec raison! Cette affaire fait la une dans les médias du Québec depuis déjà plus de 4 ans. À travers les journaux, la télévision et les réseaux sociaux, le cas Turcotte a été au cœur des discussions de la majorité des foyers québécois.

Le premier procès Turcotte, est-ce que je l’ai suivi aux nouvelles? Oui. Les articles est-ce que je les ai lus? Bien sûr. Les frustrations face au verdict ou face à la libération est-ce que je les ai vécues?

Non.

Non je n’ai pas été fâchée des décisions judiciaires prises lors du premier procès, quoique j’ai certainement été fâchée de voir que la population revendiquait si haineusement. Honteuse aussi, honteuse de voir que la population du Québec possède en elle une telle animosité.

Durant ces 4 années, les gens se sont mobilisés. Mobilisés contre un acte, contre une personne, contre un verdict, contre des principes, contre un juge. Bref, contre un système en entier.

Dès les premiers jours du second procès, on comprend que les citoyens ne se sont pas essoufflés. « Turcotte, mange d’la crotte », pouvait-on lire sur une pancarte brandie par  un homme devant le palais de justice de Saint-Jérôme.

Malgré l’impertinence du slogan, il s’avère très symbolique. Le symbole d’une lutte populaire intense et qui aura des conséquences sur notre société. Si cette pancarte peut faire rire par le choix de rime des plus simplettes, les pages sur les réseaux sociaux n’ont rien d’humoristiques lorsqu’elles dépeignent, commentent ou critiquent la situation. En effet, lors du premier procès, diverses pages de haine ont été créées. On pouvait y lire des commentaires allant jusqu’à souhaiter la mort de l’homme accusé. J’ai peine à croire que nous sommes en 2015 et qu’il y ait encore des citoyens voulant la mort d’une personne. Je me questionne. Comment une société peut-elle considérer qu’une mesure aussi drastique et violente que la peine de mort puisse assurer la sécurité et la justice d’une société?

Ainsi, dans le contexte actuel de durcissement du système de justice, de telles réactions et mobilisations sociales sous-tendent la réussite de l’implantation d’un climat d’insécurité instauré par le gouvernement. Un climat mit en place afin de faciliter l’implantation d’une mentalité conservatrice et répressive. À voir les prises de positions des citoyens en quête de sécurité tant dans l’affaire Turcotte que dans l’affaire du Niqab, je ne crois pas me tromper en affirmant que le gouvernement actuel a bien réussi son jeu de pouvoir.

Un jeu, des stratégies et des choix politiques qui vont dans une direction définie : la  gestion de risque et la répression. C’est donc dans une optique– soit la tolérence zéro du « risque » pour la société- que le gouvernement Conservateur conçoit, entre autres, l’administration de la justice.

Changements législatifs à l’appui, le climat de peur encouragé a facilité la mise en place de lois et projets de loi drastiques. Par exemple, C-10: Loi sur la sécurité des rues et des collectivités, un premier projet de loi renvoyant aux canadiens le message d’un besoin de protection plus grand. Ce projet de loi consiste, entre autres, en une augmentation des peines minimales et l’instauration d’infractions éligibles aux peines d’emprisonnement minimales et une augmentation des délais pour l’obtention d’un pardon. Une seconde loi augmentant le climat répressif au Canada est le projet de loi C-51 portant sur la lutte anti-terrorisme. Celui-ci suggère une menace sérieuse à la sécurité pour le Canada et propose des mesures telles la facilitation à l’accès à l’écoute électronique, aux saisies et perquisitions et à la détention préventive.

Et nous voilà replongés dans un procès aux saveurs populaires qui, tel que le laisse présager les premières mobilisations, saura faire réagir fortement le public.

Loin de moi l’envie de faire le procès de Turcotte, du Niqab ou de la menace terroriste. Mais très près de moi l’envie de soulever le questionnement, de soulever l’envie de se poser les bonnes questions et de demeurer critique face aux politiques qui bousculent notre société.

Pour.

Contre.

À chacun de se positionner. Mais espérons que ces positions seront réfléchies et rationnelles, loin des pièges politiques et surtout, exprimées avec civilité et respect.

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