L’influence médiatique dans nos valeurs sociales fondamentales

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Publié le 9 septembre 2015

Jennifer, diplômée en criminologie et étudiante au baccalauréat en droit

« Les médias reflètent ce que disent les gens, les gens reflètent ce que disent les médias. Ne va-t-on jamais se lasser de cet abrutissant jeu de miroirs ? » Amin Maalouf

Le média est un moyen de communication permettant la diffusion et servant d’intermédiaire entre le public et la société au niveau politique, culturel et juridique. Les médias peuvent nous influencer au niveau de l’ordre social et dans nos valeurs individuelles. La répartition médiatique, le contenu des articles et le traitement de l’information nous conduisent vers un seul but : accepter comme vraie l’information qui nous est présentée.

L’objectif de nous faire adhérer aux principes qui nous sont édictés se remarque d’abord par le contenu des articles et l’orientation éditoriale de ceux-ci. En effet, on tente dès la ligne éditoriale d’attirer l’œil du lecteur pour qu’il porte son attention particulièrement sur cet article. L’appel aux sentiments et le poids de l’article, soit la grosseur du texte, un titre accrocheur et des références dont la crédibilité est sans reproche sont également des techniques utilisées. Les journalistes tombent brusquement dans les expressions orientées où la subjectivité peut devenir rapidement tendancielle; on assiste alors au syndrome du storytelling où les médias préfèrent raconter une histoire au lieu d’exposer les faits. L’information devient alors un bien marchand plutôt qu’une source de renseignements. Les articles et les bulletins de nouvelles, avec un manque d’objectivité flagrant, deviennent majoritairement des chroniques d’opinion. La communauté juridique est généralement la plus touchée par ce phénomène, notamment par les procès médiatiques parallèles où certains journalistes se permettent de rendre un verdict social avant même que la personne ne soit condamnée devant les tribunaux. Le média devient alors le tribunal de l’opinion publique.

La liberté de presse est fondamentale, mais je remets en cause la façon dont l’information est transmise. De par la répartition médiatique où les crimes les plus graves sont surreprésentés et surmédiatisés,  une nouvelle idéologie s’instaure rapidement au sein de notre société actuelle: une idéologie victimaire naissante où le centre de gravité de la justice se déplace sur les victimes. Cette nouvelle perception de notre système judiciaire est dû notamment au marketing politique utilisé par les médias : principe visant à amplifier les faits isolés pour faire peur au lecteur et imprégner l’imaginaire de la collectivité. Les médias profite de la méfiance du public, utilise l’aspect émotif pour ensuite le rassurer à des fins purement politiques. Il y a alors utilisation de la loi pénale comme instrument de régulation des peurs collectives et la vie démocratique est très réactive en mentionnant qu’elle souhaite des peines plus sévères et de nouvelles incriminations, ce qui joue un rôle important sur la perception de la criminalité. Le système pénal risque alors de glisser vers un volontarisme punitif victimaire et déroger ainsi aux principes juridiques les plus fondamentaux tel que la primauté du droit et la présomption d’innocence.

La liberté d’expression est utilisée comme rempart de la démocratie. Les médias ont donc une fonction de responsabilité sociale car ils dictent, d’une certaine manière, les rôles de notre structure sociale. Les médias nous ouvrent la voie sur les comportements attendus, ils règlent les interactions sociales et nous guident vers un idéal de personnalité socioculturelle qu’il serait bon d’adopter pour vivre selon les normes et coutumes de notre société.  Il faut cependant un équilibre entre l’information et la liberté d’expression d’une part, et les droits fondamentaux des individus d’autre part.

Il y a un parallèle implicite à première vue, mais considérablement aveuglant lorsqu’on creuse un peu plus loin, avec les fondements des médias et comment ceux-ci peuvent nous influencer. Ils imposent leurs idéologies à l’opinion publique, ils instaurent des modèles de comportements et ils tracent le chemin à certains principes susceptibles de se faire adopter par la majorité de la population. En ce sens, les médias peuvent jouer un rôle dans les fondements du droit et dans l’application de notre droit actuel.

Doit-on vraiment laisser ce pouvoir aux médias ?

« Celui qui contrôle les médias contrôle les esprits » Jim Morrison

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