L’expertise criminologique, une nécessité à repenser

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Tribunal

Publié le 3 décembre 2014

Alexandre, finissant en criminologie

Les questions fusent de tous les côtés depuis la libération de Guy Turcotte:

Avons- nous un système judiciaire « bonbon »?

Donnons-nous un trop grand poids au témoignage des experts?

Oublions-nous les victimes?

Chaque personne se vouant à une carrière criminologique sera confrontée à ces questions un nombre incalculable de fois. Mais comment leur répondre? La plupart du temps, nous irons à la défense de notre système pénal en réfutant les commentaires populistes qui tentent de ridiculiser la criminologie. Pour ce faire, nous utiliserons nos connaissances acquises lors de nos nombreux cours universitaires. Par exemple, nous pourrions citer que le Québec a un des taux d’actes criminels violents parmi les plus bas au monde, ou bien qu’il y a annuellement moins de 0,08 % de verdict de non-responsabilité criminelle au Canada. Des paroles qui sont bien sages lorsqu’elles sont comparées aux rubriques mercantiles de tous les Richard Martineau, ou les Jeff Fillion de ce monde. Je trouve en effet très noble les gens qui ont le courage de se lever en minorité pour tenter d’empêcher la cristallisation d’opinions erronées dans notre société. J’ai l’intime conviction qu’il est de notre devoir de partager notre expertise à la population. Selon moi, « le savoir » doit se transmettre et non se vendre. Parce que plus notre Québec sera savant, mieux il se portera.

Néanmoins, mon but premier est de soulever aussi certaines limites de notre expertise. Il est évident que nous avons acquis une panoplie de connaissances sur de nombreux phénomènes criminels. En effet, nous pouvons aisément élaborer des explications sur des concepts comme le populisme pénal, ou bien expliquer les facteurs qui influencent la détermination de la peine. Mais sommes-nous vraiment aptes à déterminer si Guy Turcotte doit être remis en liberté ou s’il doit être enfermé? Certes, nous pouvons expliquer pourquoi le juge ou le comité de jury a rendu ce verdict au lieu d’un autre. Mais pouvons-nous critiquer ce verdict?, pouvons-nous donner notre propre jugement? Je répondrai à ces interrogations par d’autres questions : étions-nous à l’audience? Avons-nous lu les rapports psychiatriques? La réponse est non. Alors, comment justifier que la plupart des étudiants donnent leur propre avis dans la vie de tous les jours ou sur les médias sociaux ?

Ce phénomène s’explique par le fait que l’être humain est un être rationnel, qui a besoin de donner un sens, une explication aux actes, il ne le fait cependant pas toujours d’une façon objective (particulièrement lorsque les actes sont de nature émotive). Mon objectif n’est pas de vous dire que nous ne devrions pas avoir notre propre opinion sur différents sujets. Je tiens seulement à vous rappeler l’importance de l’ouverture l’esprit et de la nuance que nous devons considérer lors de nos jugements, car malgré nos études universitaires, nous ne détenons pas la vérité absolue. En effet, si on s’entête à prôner toujours la même réponse, sans vérifier d’autres pistes, sans se questionner, serions-nous si différents de tous ces chroniqueurs qui se disent supposément experts ?

Selon moi, s’il n’y avait qu’une seule chose à retenir de notre passage à l’université, ce ne sont pas les statistiques, les concepts, les auteurs ou bien leurs théories. C’est d’avoir une philosophie de vie qui implique de ne jamais avoir de certitudes absolues, de toujours avoir un réflexe continuel de remise en question, d’avoir une soif infinie de connaissances, une curiosité intellectuelle, car comme nous sommes en sciences sociales, il n’y a aucune réponse qui soit de nature immuable. Nous sommes donc « condamnés » à continuer d’apprendre et réapprendre. Bref, des étudiants pour la vie, quoi!

 

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