Le travail de criminologue : CSI? Profiler?

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Publié le 12 janvier 2015

Marie-Chloé, finissante en criminologie et candidate à la maîtrise 

Rencontrer une nouvelle personne et mentionner que nous sommes criminologues, c’est aussi cela :

Ah, tu es en criminologie… comme CSI? (avec un ton d’excitation)

­ Non, pas exactement.

­ Ah, plutôt pour comprendre les tueurs psychopathes?

­ Non, pas exactement.

…et s’en suit la cassette classique d’explications des diverses branches et orientations de la profession de criminologue. Malgré tous les efforts fournis afin de présenter l’aspect primordial de la relation d’aide, du soutien et de la réhabilitation qui sous­tendent le travail en criminologie, les gens voudront encore n’entendre que des anecdotes croustillantes. Certes, il existe une minorité de criminologues qui feront un travail davantage orienté vers l’analyse de données criminelles ou avec des criminels souffrant de psychopathie, mais il s’agit bien d’un aspect limité de l’ensemble du savoir et de a pratique.

Je ne pourrais blâmer personne d’avoir en tête des référents à la CSI, à la Esprits criminels ou à la Fortier pour nos parents. Toutefois, je n’en demeure pas moins déçue et, à la limite, fâchée que nos références aux crimes se limitent à des séries télévisées écrites dans le but de divertir, d’accrocher et de faire vendre.

Il est ici le nœud du problème, une confusion entre le réel et l’imaginaire, entre la norme et l’exception.

La société actuelle a une image et une conception de la criminalité qui se basent sur les médias qui ne sont pas représentatifs ni basés sur des séries qui sont un construit récréatif. Médias et nouvelles, eux­mêmes, véhiculent une confusion alors que le chevauchement entre ce qui définit l’information et le divertissement a engendré le développement d’un contenu nouveau genre, à savoir l’information de divertissement nommée l’infotainment. Ce contenu se définit par la présentation de faits réels, mais manipulés dans leur forme et leurs accents afin des les rendre intéressants à regarder considérant que l’objectif n’est pas tant d’informer que de divertir (Brousseau, 2013).

J’ose croire que le travail de criminologue serait perçu davantage positivement si la compréhension du phénomène criminel était en premier lieu davantage compris. Si à l’heure actuelle, les images et conceptions qui ressortent à la mention du mot « crime » ne sont généralement pas des images de réinsertion, de compréhension ou de solidarité, c’est, entre autres, dû aux médiums qui nous informent sur le phénomène. Ainsi, des émotions de peur, d’insécurité et d’appréhension sont ressenties par la société. D’un rapport direct à la criminalité limitée et d’une désinformation résultent des conditions favorables à la construction commune d’une idée de ce qu’est le crime et le criminel tel que nous le connaissons. Pourtant, en 2012, les chercheurs de Statistique Canada (2013) soulignaient que le taux de crimes déclaré a atteint son plus bas niveau au Canada depuis 1972.

Ne serait­il pas profitable que cette profession soit davantage connue ? En fait, il serait profitable que le phénomène de criminalité soit davantage connu. Peut­être alors dirait­on: « Ah, tu travailles à la réinsertion sociale ! » ou encore: « Ah, tu accompagnes les victimes dans la reprise de contrôle de leur vie ? ». Parce qu’en fait, il s’agit ici de ce travail que chaque jour des criminologues s’activent à faire. Il s’agit de permettre à une société de fonctionner et, à ses citoyens, de vivre plus harmonieusement.

Cette connaissance limitée de la criminalité ainsi que la pauvreté du savoir commun quant aux divers aspects humains et sociaux qui entoure cette dernière fait largement échos à un manque d’information sur les sujets encore tabous et perçus comme externes à la réalité de plusieurs d’entre nous.

Somme toute, ce billet n’est ni une critique singulière, ni une prétention de mieux comprendre notre société. C’est davantage un point d’alarme soulevé quant aux dangers d’une information biaisée, d’un regard fermé et d’une peur de l’inconnu qui rendent parfois nos actions et pensées à leur tour fermées et biaisées.

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