La politique pénale au temps d’Harper

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Stephen Harper, Journal de Montréal

Publié le 14 avril 2015

Alexandre, finissant en criminologie

Either you are with us, either your are with the terrorist. Ces quelques mots à lourdes résonances ont été prononcés un certain 11 septembre par Goerge W. Bush. J’étais bien jeune à l’époque et comme bon nombre d’entre vous j’étais bien loin de comprendre toute la rhétorique derrière cette phrase, une rhétorique aujourd’hui à la base de tout l’argumentaire conservateur. En effet, il y a quelques jours notre cher Premier ministre prononçait une phrase semblable lors de la promotion de son projet de loi C-51. Selon la logique harperienne, une personne effrayée par le projet de loi C-51 est probablement un terroriste, vraiment?

D’un regard scientifique, on dirait le scénario d’un mauvais film de classe B, pourtant il s’agit de la réalité à laquelle le Canada est actuellement confronté. Il ne faut pas être doctorant pour avoir remarqué que notre Premier ministre, avec l’aide de sa marionnette, communément appelé le Sénateur Boisvenu se sont aisément servi de projets de loi pénaux totalement aberrants pour s’attirer un capital politique. Ils ont utilisé des cas isolés, ils ont joué avec des statistiques, ils se sont servi des réactions émotives qu’entraînent certains crimes pour proposer des lois qui leur donnaient le statut de sécurité incarnée.  Avec des stratagèmes semblables, ils ont réussi à manipuler la population à la Frank Underwood, charisme en moins, évidemment… Le problème est qu’il ne s’agit pas de fiction ici, il s’agit de la vraie vie, avec de vraies lois, de vraies politiques qui influencent notre contexte sociétal dans toute sa globalité. Mais n’oublions pas qu’il s’agit de lois qui touchent la vie d’êtres humains et non de simples cannes de thon. Dieu merci, il y a la Cour Suprême pour stopper l’hémorragie, lors des pires « égarements » conservateurs. Mais en tant que société souhaitons-nous faire du surplace, souhaitons-nous nous contenter du statu quo? Ou bien voulons-nous progresser pour devenir une société prospère. Une société qui est un exemple à suivre dans le traitement de la criminalité?
Les dernières années, qui sont selon mon humble avis, loin d’être exemplaires, ont été marquées par la légiférassions de projets de loi sans aucun fondement juridique ou scientifique.  Que se soit C-10,  C-36 et maintenant C-51, trois lois qui se résument en trois petits mots : Silence on punit. Rien de plus simple, des punitions plus sévères et n’allez surtout pas demander pourquoi. Comme si une seule recherche avait démontré que la sévérité pénale faisait diminuer la criminalité, parlez-en aux États-Unis pour voir…

Comme tout le monde, j’aimerais qu’avec l’aide d’une loi nous empêchions les actes terroristes, que nous faisions disparaître les meurtres ou bien les viols.  Et bien non, malheureusement, la criminalité fera  toujours partie de nos vies et ce peu importe le niveau de sévérité qui sera imposé aux personnes qui transgressent les lois de notre société. Oui, il faut être ferme lorsque le cas l’exige, mais il faut aussi être compréhensif et indulgent. Il faut écouter notre raison plutôt que notre passion. Parce que,  laisser pourrir des gens en prisons n’apportera jamais rien à notre société, tout comme le fait d’abandonner des parcelles de notre liberté ne nous amènera pas une plus grande sécurité.  J’ai cependant bien peur que Harper et son équipe politique aient manqué ce cours…

Oui, le commandant entraîne présentement le navire à sa perte, avec des manœuvres dont je ne trouve d’autre qualificatif que le terme stupide. Oui, nous prenons dangereusement l’eau, pourtant bien des matelots tentent de donner de judicieux conseils au commandant pour qu’il redresse la barque. Malheureusement,  le grand commandant Harper préfère les ignorer et se présenter comme l’unique sauveur auprès des passagers, qu’il tente d’asservir avec la bonne veille philosophie «du pain et des jeux». Mais le sauveur de qui? Dans les vingt dernières années, le nombre « astronomique » de six personnes ont été tués suite à un acte terroriste sur le sol canadien. Pendant ce temps plus de 1000 femmes autochtones sont portées disparues ou ont été assassinées. Tant d’autres contradictions démontrent que Harper dirige avec une boussole idéologique plutôt que scientifique. Ne prenons que le désir de raffermir les peines pour les homicides, quand le taux de cette dite infraction est en chute libre dans les dernières décennies et que la récidive est quasi inexistante pour les meurtriers.

Harper un sauveur vraiment?:  Non, pour moi les sauveurs sont les agents de libérations qui travaillent main dans la main avec les détenus pour les aider à réintégrer notre société, et ce malgré toute la complexité de la tâche. Non, pour moi les sauveurs sont les intervenants qui travaillent dans les milieux communautaires pour tenter d’aider les personnes atteintes de problèmes de santé mentale  à surmonter les différentes épreuves de leur réinsertion sociale. Non pour moi les sauveurs, sont les bénévoles qui donnent de leur temps pour soutenir les personnes à qui la prison a enlevé famille  et amis. Non, pour moi les sauveurs sont les professeurs et les chercheurs qui se battent corps et âmes pour faire ressortir la vérité et trouver des solutions qui aideront autant les délinquants, que les victimes, et que tous les gens vivant dans notre société.

Non, Harper est loin d’être un sauveur et j’ai bien l’impression que les vrais sauveurs se tiendront devant lui au mois d’octobre. Oui, bien des gens se  tiendront debout face aux plans machiavéliques de ce gouvernement. Mais pour ce faire ils n’utiliseront pas la langue de bois militante. Pour ce faire, ils ne feront pas la sourde oreille aux opinions qui divergent de la leur et ils ne se considéreront surtout jamais comme des sauveurs ou des héros de la sécurité. Et c’est cette noblesse, c’est cette honnêteté intellectuelle et ce courage de ne pas se plier aux manigances politique qui font d’eux des vrais sauveurs. J’espère qu’un jour ou l’autre la population se rendra compte de la chance qu’a notre société d’avoir ces sauveurs si dévoués, mais si souvent oubliés.

 

 

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