Entrevue avec un meurtrier repenti

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Publié le 13 janvier 2015

Kharoll-Ann, Diplômée en intervention en délinquance et étudiante en travail social

Le 23 juin 1982, Daniel Benson pose un geste qui fera basculer sa vie ainsi que celle de ses proches à tout jamais. « J’ai assassiné mon beau-père, le second mari de ma mère ». D’entrée de jeu, il explique les circonstances de ce drame horrible. « Il était violent envers ma mère et l’a été pendant une dizaine d’années. Étant l’ainé de ma famille, je me suis senti responsable de la violence que ma mère subissait. J’ai appris à régler mes problèmes par la violence puisque c’est l’environnement dans lequel j’ai grandi. Et pour que la violence que subissait ma mère cesse, j’ai assassiné cet homme».

Aujourd’hui, soit un peu plus d’une trentaine d’années après le meurtre, Daniel Benson a une compréhension tout autre de toute cette histoire. « Cet homme-là avait un problème de comportement. Il a lui-même grandi dans un milieu dysfonctionnel. Il avait besoin d’aide. Il n’y a pas une journée qui passe sans que je pense à lui ». Assumant l’entière responsabilité de la vie qu’il a volée, Benson est conscient que la mort de son beau-père a et aura des impacts sur les autres membres de sa famille également. « Ma nièce actuellement grandit sans son grand-père. Quand elle prendra conscience du geste que j’ai posé en vieillissant, il est possible qu’elle me rejette. Et je vais respecter son choix. Elle est elle aussi une victime. », regrette-t-il.

Ayant complété un baccalauréat en théologie à l’intérieur des murs, Benson s’est beaucoup questionné sur la notion de pardon. Il explique que plusieurs de ses proches lui ont pardonné le geste qu’il a commis. Mais qu’en est-il de lui-même ? « Pour moi, le pardon, c’est quelque chose que l’on reçoit. Il y a un aspect de reconstruction et de réparation aussi. Je dispose de peu de moyens pour réparer le tort que j’ai causé » reconnaît-il. C’est en oeuvrant dans le milieu correctionnel depuis maintenant près de 14 ans que Daniel Benson vient en aide à d’autres condamnés. C’est sa manière à lui de faire sa part et ce travail a une place très importante dans sa vie.

Je lui demande comment est la vie en prison et quels sont les plus grands mythes à propos des meurtriers. Il explique comment le battage médiatique crée souvent une peur générale disproportionnée quand on considère le très faible taux de récidive dans les cas de meurtres. Il explique aussi comment la prison est un milieu brutal, violent et restrictif tant sur le plan physique que psychologique. « Tu ne peux pas dire tout ce que tu veux en prison, car c’est risqué. J’ai dû m’adapter. Ce n’est pas un milieu où l’on vit, c’est un milieu ou l’on survit ». Il ajoute également que de sa perception, les victimes ont une plus grande place dans le système qu’on ne pourrait l’imaginer, que le laxisme perçu dans la population ne reflète pas la réalité.

Selon Daniel Benson, les gouvernements actuels font fausse route en préconisant des approches répressives à l’égard des criminels. « Le taux de criminalité est en chute libre au Canada depuis les 40 dernières années. » Il ajoute comment plusieurs pays cherchent à prendre exemple sur le Canada et son système actuel pour cela. Benson analyse la situation actuelle, riche de son expérience personnelle et professionnelle dans ce milieu et se montre critique. « Aujourd’hui, on a un système qui cherche à se protéger lui-même plutôt que de réinsérer les criminels. J’ai de nombreux agents que je connais qui expliquent faire plus de paperasse qu’auparavant. » Il renchérit que la prison n’est pas la solution à tout crime et nomme le cas de Lise Thibault en exemple.

Les deux plus grandes difficultés à la sortie de prison sont la recherche d’emploi et la création d’un nouveau réseau social sain.  Benson complète en ajoutant que « les gens ont tendance à croire que parce qu’une personne a fait de la prison, qu’elle va agresser tout le monde, mais ce n’est pas la réalité. » Il mise sur une approche nuancée pour comprendre le phénomène de la criminalité. Selon lui, il faut chercher les sources des comportements délictueux tout en responsabilisant le criminel. Mais surtout, il faut lui donner les moyens d’agir différemment.

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