La désinformation médiatique de la criminalité

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criminoblogue

Publié le 23 octobre 2014

Christophe, finissant en criminologie

La population semble perdre progressivement confiance envers notre système de justice, mais est également de plus en plus effrayée par les crimes commis en société. Vous n’avez qu’à lire les réactions des internautes face aux récentes nouvelles des cas  Turcotte  et Magnotta  et vous comprendrez. Qu’est-ce qui pourrait expliquer cela ? Inutile de chercher trop loin, la réponse, ou du moins une partie, se trouve justement au sein des médias. Ces derniers communiquent une fausse représentation de la criminalité et du coup la population a l’impression de vivre dans un monde hyper-criminalisé et dangereux.

Les informations criminelles prennent une proportion énorme des nouvelles globales. Pensez-y, combien de fois les premières pages de journaux rapportent-elles un évènement criminel ? Homicides, verdicts de sentences criminelles, saisies de drogues, histoires policières, crimes organisés, terrorismes, et autres  manchettes sensationnalistes y font souvent la manchette, si le CH n’a pas joué la veille. À force d’être confrontés quotidiennement et à répétition à de tels évènements spécifiques, notre conception générale des phénomènes sociaux se trouve influencée. On a l’impression que les crimes par rapport aux autres phénomènes arrivent souvent.

La proportion des crimes selon leur gravité est inversement représentée dans les médias. En criminologie, on appelle cela la « pyramide inversée ». En réalité, on trouve au bas de la pyramide les crimes qui occurrent souvent : introduction par effraction, voies de faits, vols à faibles valeurs et autres crimes moins graves. Au haut de la pyramide, on y trouve les crimes qui arrivent très peu souvent : homicides et agressions sexuelles, ou autrement dit, les crimes plus graves. Dans les médias, cette pyramide est inversée. On rapporte très souvent les crimes graves et rarement les crimes moins graves. Alors si notre conception des phénomènes sociaux est fortement teintée de la criminalité par sa surreprésentation médiatique, ces crimes sont à leur tour mauvaisement représentés.

En réalité, si l’on en prend compte le Canada, il y a très peu de crimes commis et encore moins des crimes graves.  La criminalité se trouve en baisse constante depuis les dernières années et les taux de récidives sont très bas. Mais cela, les médias traditionnels ne vous le diront pas. Parce qu’après tout, le crime demeure un des meilleurs thèmes de vente pour les livres, les films, les téléséries, mais également les journaux. Mais quel est le problème ? Le problème est que l’opinion publique se forge une idée de notre système de justice et des phénomènes criminels à partir de cas extrêmement rares. Les cas  Turcotte et  Magnotta ne reflètent pas la réalité des phénomènes criminels et de notre système de justice.

Si le sensationnalisme criminel sert directement aux médias en termes de profits, il sert également indirectement à une autre instance. Pouvez-vous deviner qui ? Aux partis politiques. La peur des crimes graves et le manque de confiance envers le système de justice permettent à certains partis de présenter des projets de lois plus « sévères » afin « d’acheter » des votes. C’est ce qu’on appelle le populisme pénal.

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