Bastøy, une prison écologique et humaine

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Bastøy_Prison

Publié le 16 décembre 2014

Marie-Hélène, finissante en criminologie

En Norvège, la peine d’emprisonnement la plus sévère étant 21 ans et en l’absence de la peine de mort, il est évident que la grande majorité des condamnés risquent un jour ou l’autre de réintégrer la société. Jusqu’ici, la situation pénale de la Norvège semble assez comparable à celle du Canada, mais une distinction majeure est à faire; chez nos voisins scandinaves, il y a Bastøy.

 

Située sur une île à 75 km de la rive, Bastøy est une prison dite écologique et humaine qui accueille 115 détenus condamnés à de longues sentences pour des crimes majoritairement violents ou sexuels, et ce, dans un cadre de sécurité minimale. Effectivement, sur cette île, les gardiens n’ont pas d’armes et de jolies maisons de campagne remplacent les cellules. Cet établissement correctionnel est quasi-autosuffisant : l’énergie provient des panneaux solaires installés par les détenus, la nourriture est produite par ceux qui investissent leur temps dans l’agriculture et l’élevage de bétail, une grande partie des services est offerte par les détenus eux-mêmes et j’en passe. De plus, en ayant en tête le fait que celle-ci emploie seulement 72 employés dont seulement 4 gardiens de nuit, il est peu dire que d’affirmer qu’elle est très peu couteuse pour le pays. L’aspect économique n’est, par contre, pas le plus impressionnant en mon opinion, mais plutôt le fait que cet établissement correctionnel priorise la réhabilitation à la rétribution.

 

Dans cet ordre d’idée, Tom Eberhardt, le directeur actuel de Bastøy a dit lors d’une entrevue :

 

« I think that in a lot of countries in the world there is a general misconception that if you punish criminals hard enough, they will turn into good people, […] but I think we have 2,000 years of history saying that this does not work. »

 

Effectivement, la philosophie de Batsøy se distingue nettement de ce qui est connu ici en Amérique du Nord. L’objectif premier est d’amener chaque détenu à se responsabiliser et reprendre le contrôle sur sa vie. Réaliser sa peine sur cette île est aussi l’occasion d’apprendre à respecter son prochain à travers le processus de socialisation offert par ce milieu de vie hors du commun. Dans le cadre du documentaire « Bastøy » de Michel Kapteijns, un détenu qui a été transféré d’un établissement à sécurité maximale à Bastøy, mentionne l’énorme différence entre les deux types de prison; selon lui, faire sa peine en prison fermée c’est vivre hors de la réalité. Effectivement, en plus d’avoir très peu de contact social, chaque détenu est obsédé par l’unique pensée de sortir de l’établissement le plus rapidement possible, l’ambiance est tendue, ce n’est pas la vraie vie. Celui-ci souligne que la transition entre les deux milieux a été difficile, mais très bénéfique, puisque dans cet établissement ouvert il a pu réapprendre ce qu’était la vraie vie en communauté. Cet établissement correctionnel s’assure donc que chaque détenu sera un citoyen respectueux des autres et des lois au terme de sa peine, c’est d’ailleurs ce que Kristin Bergenson, secrétaire d’État à la justice de la Norvège soutient : « Comme la plupart des prisonniers seront libres un jour, nous devons vraiment nous concentrer sur quel genre de citoyens nous voulons qu’ils soient quand ils habiteront dans la maison voisine de la vôtre ».

 

Cette mentalité, qui ne serait pas nécessairement bien reçue dans l’ère punitive et rétributive dans laquelle nous vivons, a déjà amplement fait ses preuves puisque Bastøy a un taux de récidive suivi d’une incarcération de 16 %, étant le plus bas en Europe et parmi l’un des plus bas au monde. Il est pertinent de comparer ce taux avec celui du Canada, qui se situe aux alentours de 38%.

 

Sans pour autant espérer qu’un jour un établissement carcéral semblable soit reproduit au Canada, je crois qu’il est possible de tirer une leçon de ce qui est fait à 5000 km de chez nous. Donner la possibilité à un délinquant condamné à une longue peine de prison pour crime violent, sexuel, financier ou autre, à purger l’entièreté de sa peine ou la fin de celle-ci dans une prison à sécurité minimale avec de bonnes conditions de vie, un travail et des services de qualité, c’est croire en l’être humain et en sa capacité de changer. J’ose même penser que le phénomène de Bastøy nous rappelle une notion fondamentale que nous avons souvent tendance à oublier : c’est en traitant autrui avec respect qu’autrui nous respectera en retour.

 

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